Cyril Ripoll
rôle de l'Auteur


Note d'intention

La vie est faite de choix, de désirs, de contraintes, de hasards, de compromis. Pour un artiste, comme pour beaucoup d'autres aussi, nous poursuivons notre enrichissement dans la curiosité et le questionnement. C'est en tout cas ce qui motive ma modeste traversée de l'existence.
La mise en orbite sur la planète Que faire a été précisément une suite d'interrogations, de curiosités et d'envie…... En septembre 2008, lors d'un travail de mise en scène sur la pièce le cadavre vivant de Léon Toltsoï, je suis interpellé dans la deuxième scène de l'acte IV par ces quelques répliques :
Macha : Donne, donne, donne, as-tu lu le roman que faire  ?
Fédia : Oui je crois !
Macha : Le roman est ennuyeux, mais il y a une chose qui est bien. Le héros, comment s'appelle-t-il ? Rakhméthov, fait semblant de s'être noyé. Sais-tu nager ?
Ma première réaction est de penser que ce roman dont parle Léon Tostoï, est une fiction, une pure imagination de l'auteur, d'autant qu'il n'en parle pas avantageusement. Puis, justement parce-que l'auteur dénigre ce roman, la curiosité me saisit….
….. Et voici que le hasard s'invite galamment à ma table, quelques mois plus tard, lors de ma rencontre avec Ozan TèA !
Ozan me fait découvrir le roman Que faire, celui dont parlait Léon Tolstoï dans sa pièce de théâtre. Je découvre alors l'auteur ; Tchernychevski et comprends la banderille lancée par les protagonistes du cadavre vivant , quelques lignes plus haut.
Les deux romanciers avaient en effet des idées sociales et politiques quelque peu divergentes !
Je m'immerge dans ce Que faire et suis troublé dès les premières lignes par la distanciation avec laquelle l'auteur harponne le lecteur, le lecteur perspicace, comme il dit ! ( Léon Tolstoï recevait là ses premières banderilles !!). Tchernychevski mélange savamment l'intrigue policière, la fiction amoureuse et le discours révolutionnaire, par un nouvel ordre social et une parité absolue entre l'homme et la femme.
Je ne peux m'empêcher de penser à cette Russie du 19ème siècle, aux idées révolutionnaires balbutiantes. Aux écrits et aux actions de Charles Fourier (dont Tchernychevski s'est inspiré) un siècle plus tôt en pleine révolution française. Et aussi à ceux de Robert Owen quelques années auparavant en Angleterre.
L'adaptation de ce roman en pièce théâtrale pourrait se structurer à partir d'une multitude de niveaux de lecture (l'aspect social, romanesque, politique, etc). Mais alors, nous ne serions pas, à coups sûr, fidèles à la pensée de l'auteur !? Mais en fait, devons-nous l'être ? Je ne sais pas.
Pourquoi aujourd'hui, toutes ces notions ont une résonance si singulière ? le contexte actuel dans lequel nous vivons, avec ces débordements sociaux politiques, financiers, aurait-il la faculté de faire resurgir collectivement l'archétype inconscient de l'humanité ? Celui d'aspirer à un équilibre social, fait d'égalité de liberté et de fraternité ?
Utopie, réalité ou conte merveilleux ? Oui, conte merveilleux !!
Et si nous transposions le texte de Tchernychevski en un conte universel pour adultes ? L'auteur y a introduit tous les ingrédients ; de l'imprécision du lieu, de l'époque, à la situation difficile, complexe des personnages, des épreuves à subir, des actions qui se figent puis s'accélèrent et même l'intervention du merveilleux, à travers les rêves de Véra (personnage central du récit), jusqu'à la narration par l'auteur lui-même……..
Alors, laissons-nous la candeur de penser que nous sommes encore tous de grands enfants pour laisser s'infiltrer dans nos vieilles carcasses, les valeurs nourricières du conte.

 

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